Pour les yeux de Léonino

Souvenir de la Goulette en Tunisie

Les années passent...

...Lors de sa présentation de l’indéfectible, olivier parle de l’appartement, du décorateur, du volume extraordinaire. Sur le coup, Atout n’y attache aucune importance. Elle s’amuse de l’admiration que se portent les deux hommes. Maintenant, elle comprend.

La porte d’entrée s’ouvre sur un hall aussi large que profond.
Une étoile est incrustée sur le sol de marbre bicolore.
Au fond, un chintz dégringole du plafond en mouvements gracieux pour se poser au bord d’une commode où trône un intemporel bouquet de jasmin. La fraîche couleur de menthe et de rose porte une douce féminité.
A droite du hall, le salon ouvre ses bras. Le volume accueille un superbe parquet et quelques rares meubles dans les mêmes tons de bois. Le somptueux piano demi-queue semble presque petit dans le gigantesque espace. Sa noirceur et son éclat tranchent avec l'éclairage indirect.
La force virile de la pièce est allégée par deux canapés de tissu blanc aux accoudoirs discrètement surmontés de boules dorées. Le miroir de la cheminée renvoie la dorure ainsi que les encadrements de la table de salon épurée. L’élégant espace s’alanguit sous les caresses de la lumière tamisée.
Quelques objets précieux, de toute beauté, affichent l’attachement à la foi et aux racines.
Patricia n’est ni étonnée, ni impressionnée. Elle observe tranquillement la décoration qui, derrière le luxe, raconte une histoire. Elle est ravie du bien-être qui se dégage. Elle se sent parfaitement à son aise dans ce décor. C’est un sans faute.
Le maître des lieux propose
« Champagne mon cœur ?
-Non-merci, Hector
-Vraiment ? Tu es certaine ? »

Elle suggère un café. Hector est un peu désappointé. On se retrouve dans la cuisine qui ne rougit pas du salon. La blanche et fonctionnelle offre la possibilité de respirer parfaitement. Nul n’est besoin d’abattre des cloisons ! La cafetière italienne attend la venue d’Atout. Il suffit d’appuyer pour remplir de nectar la tasse déjà prête.Hector hausse les épaules. «Lisa a préparé le café serré de demain matin»

On retourne au salon. On s’installe côte à côte. Patricia est venue avec le cadeau de La Goulette destiné à son amour.

En avant-première, elle le fait découvrir à l’indéfectible ami Hector. Un cadeau de confiance, un cadeau d’amitié.
C’est Hector qui lui fait le plus beau des présents. Il lit, il rit tel un enfant, un enfant du pays.
Il prononce avec délectation les phrases en arabe.

Après une phase de récupération, Hector se renverse sur le sofa. Il tourne les pages sans rien dire, en hochant la tête. Avec son soupir, son regard quitte la pièce. Son esprit s'envole. Son cœur se noie. Paris…. Marseille… La Goulette… Un ailleurs…

Il glisse entre ses dents « Mon cœur, mon cœur ! kes' tu m'fais là ! »...

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