Pour les yeux de Léonino Histoire drole pied-noir Ce qui rapproche le plus les garçons, leur goût prononcé pour la rigolade. Tout est prétexte à rire. Rire à s’en couper le souffle. Rire à en avoir des crampes dans les mâchoires et des points de côté. Rire à s’en rouler par terre. Les pires âneries, ils les font. Les plus grosses blagues, ils les trouvent. L’idéal est de dénicher un bouc émissaire. Pas par méchanceté, de la méchanceté ils n’en ont aucune. Un bouc émissaire rapproche deux frères. Il crée une complicité supplémentaire. On prépare l’attaque. On invente la pire situation aux dépens du voisin. Les blagues les plus grosses sont les meilleures. Celle qui met l’autre dans la situation la plus grotesque vous retourne les boyaux. Elle vous fait mourir de rire. « Les 5 pierres qui volent » Leur blague préférée provoque des convulsions. Elle permet aux jeunes mâles d’être en position de dominants et de l’afficher nettement. Le simple repérage de la victime provoque l’hilarité. On voit venir le garçon objet de la risée. On ferre le poisson. Ce magnifique pays est le pays des mille superstitions, des mille croyances. C’est aussi le pays de l’exagération, des personnages haut en couleur, de la grande comédie qui prépare les meilleurs acteurs. Hector et Olivier sont des comédiens comme il en existe peu. Ils ont l’art de la mise en scène et se donnent en perpétuelle représentation. La victime arrive. Les amis se séparent. Hector prend un air songeur, soucieux. Il avance vers la proie, sans la regarder, avec la ferme volonté d’attirer son attention. Il veut susciter sa curiosité. Il faut en faire suffisamment mais pas trop. C’est une affaire de dosage. On s’approche avec un bonjour distancié, un bonjour préoccupé. Ce n’est pas dans sa nature au beau gosse d’avoir un visage déconfit. L’autre s’inquiète. « Kes' tia ? Tia des soucis ?
La bête est à point ! Le gros poisson mort à l’hameçon ! Il n’y a rien de meilleur que l’idiot qui en redemande et qui se met tout seul – ou presque – dans les mailles du filet ! Il est mûr ! On tire doucement, tout doucement sur la ficèle ! « Ne déconne pas ! Tu m'jure que tu ne vas pas me prendre pour un débile ?
Voilà ! Harponné ! Il y va tout seul le guignol ! La grosse baleine va s'échouer sur la plage ! « Ca m’étonnerait qu’il accepte, ça le crève ! En tous cas, moi je ne lui demande pas de recommencer ! Je ne vais pas le supplier ! Vas-y toi… tente le coup… avec toi il voudra peut-être mais ce n’est pas gagné. Si tu veux, je t’accompagne. » Le meilleur, c’est quand l’autre fait tout pour se faire prendre. C’est jubilatoire !
C’est bon : les pierres sont de la bonne dimension. Chaque complice tient un angle du mouchoir de sa main gauche et invite le nigaud à faire de même.
Le rituel Commence. Le maître de cérémonie entonne les premiers chants. Les prières se suivent. On répète scrupuleusement les mots magiques. On se concentre. On est hyper-concentré. Les yeux rivés sur les pierres, on attend le bon moment….
Le gredin fixe la pierre centrale. La cadence et la puissance des incantations augmentent pour masquer le bruit des trois braguettes qui s'ouvrent. Putain ! C'est vrai ! Elles volent les pierres ! Elles volent à plus de 10 cm ! Elles touchent le ciel ! Elles sautent aussi haut que le naïf qui sent les humidités chaudes et poisseuses gicler sur son pantalon ! Les 5 pierres explosent comme les éclats de rires et les jurons qui s’entremêlent. Le martyre court en hurlant. Bande de cons, bande de salauds ! J’aurais du m’en douter avec ce crétin d’Hector ! Ou baki bimmmeeee ! Tu es toujours aussi bête ! Tââ èl jmèllèt ! blèchi ââ’llèt ! Des chameaux sans bosses ! Sans matière grise ! On poursuit la victime. On glousse. On ondule. On se pisse dessus ; Les boutargues au vent. On pleure de rire pendant que le souffre-douleur est inondé. On a mal tant l’estomac se creuse sous les convulsions. On ne peut plus s’arrêter de se marrer des heures et des heures. Le lendemain on recommence encore et encore. On ne l’a pas raté ! On se repasse le film mille fois. On se tape dans la main. On est bête mais qu’est ce que c’est bon !
Celui-là n’est pas prêt d’oublier ! Toutes les occasions sont là pour le lui rappeler
